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Il faut risquer d'aller au bout de ses rêves, c'est comme ça que la vie est délicieuse.
Ce 23 Octobre 2008 restera à jamais un jour formidable, celui où j’ai donné la vie à notre Emmeline.Pendant 9 longs mois nous avons attendu, non sans la crainte, comme tous les futurs parents. Nous rêvions d’avoir un enfant à Wallis, et les choses se sont déroulées comme prévues, dans des conditions idéales et parfois décalées par rapport à ce que ce peut être en métropole. Mais je dirais que même si de prime abord, la maternité de Sia n’a pas l’air accueillant, il faut se méfier de l’eau qui dort ! J’ai trouvé tout le confort et les soins que j’attendais, et beaucoup d’humanité. Et avant de commencer on récit, je voudrais dire MERCI. Merci toketa, Mamali, Fia, Catherine, Kiko, Malia ! Et merci au papa qui a vécu chaque minute à mes côtés.
Je suis arrivée à 23h, tout ce que je redoutais, car la nuit le service est minimum. Sur le parking, 3 ou 4 voitures seulement et des chats qui rodent entre les bâtiments, au détour des couloirs, presque comme des ombres. En entrant dans le petit hall du bureau des sages-femmes, un bruit soudain nous surprend : un gros chat roux, apeuré, qui était couché sur le brancard roulant et que nous avons vraisemblablement réveillé ! Il s’enfuit comme une bombe entre nos jambes. Je frappe à la porte orange et un « oui » étouffé me répond tandis que je l’entrouvre. Les deux sages-femmes sont allongées sur une natte de coco au sol, et somnolent. Aucun bébé n’est encore né ses derniers jours donc le travail se fait léger, tout comme leur sommeil que je leur vole en disant : « je crois que j’ai des contractions… ». Mamali, une wallisienne à l’allure ronde et rassurante se lève et nous dit de passer la porte d’en face et de l’attendre. Je m’assois donc dans la salle de travail pendant qu’elle va chercher mon dossier. Elle n’a pas besoin de me demander mon prénom, elle sait très bien qui je suis.Elle revient et installe la routine habituelle : monitoring, tension, examen. Nous demandons donc à combien je suis dilatée et la réponse nous fait sourire avec Manu : « deux PETITS doigts. » Des doigts de matrone wallisienne…au moins le travail est peut être pus avancé qu’on ne croit.
Je vois donc Mamali feuilleter mon dossier puis s’assoupir par moment, au son du monitoring, pendant la petite heure où elle n’a encore rien à faire. De mon côté, je garde le sourire en observant la pièce. En face de moi trône une image de la vierge à l’enfant version chinoise ou japonaise, punaisée au mur. Juste au dessus de cette icône, des fenêtres sur lesquelles, à l’extérieur, des geckos chassent le moustique et le papillon de nuit. De quoi occuper l’esprit entre deux contractions. Au dessus du monitoring, un crucifix en bois, une aquarelle pieuse et une prière en wallisien, glissée dans une pochette transparente, juste à côté des recommandations médicales pour la toxoplasmose.
Je demande à m’installer dans ma chambre. La sage femme me donne donc une clé avec un numéro et me dit : « chambre 6, de l’autre côté du patio ». Puis elle retourne s’assoupir. Il faut tout installer : faire le lit, apporter l’oreiller, du papier toilette…heureusement Manu est là pour le faire ! Il a ensuite le temps de faire un aller-retour à la maison pour aller chercher un bouquin au cas où ça durerait encore longtemps. En fait il n'a pas le temps de sortir le livre du sac! Un peu plus d’une heure plus tard, Manu va réveiller Mamali et celle-ci lui dit qu’il faut que je retourne en salle d’accouchement. Je me retrouve donc à 2h du matin, en paréo, pieds nus, en train de traverser le carré d’herbe qui sépare ma chambre du bureau des sages femmes.Je patiente quelques minutes et attends le verdict : vais-je avoir une péridurale ? « Non Jeanne, tu n’en auras pas besoin ! »
Lorsque le bébé est prêt à pointer le bout de son nez Mamali appelle le médecin et me dit : « le toketa arrive. »Mon toketa apparaît 5 minutes plus tard, en tee shirt et bermuda, le cheveu hirsute du réveil. Il enfile sa blouse et quelques minutes plus tard, notre Emmeline est née. J’entends un « bravo, tu as accouchée comme une wallisienne ! »
Le jour apparaît par la vitre, il est 4h20 du matin. Nous voilà enfin réunis tous les trois, ma main droite tenant celle de Manu et la gauche caressant Emmeline. Je découvre le visage de notre fille au bout de 1O minutes. Manu a eu le privilège le le découvrir en premier.
Ici on donne le placenta et le cordon dans un sac au papa, qui va les planter au pied d’un arbre dans le jardin. Tradition que nous n’avons pas su suivre…le symbole et l’idée sont jolis, la réalité est un peu plus dégoûtante…
Nous regagnons la chambre 6, dont la vue sur le lagon ne fait qu’ajouter à notre émerveillement. C’est une des plus belles vues de l’île. Manu part en premier installer Emmeline dans son berceau. Je viens de réaliser un nouveau rêve : donner naissance à notre enfant, dans le Pacifique.

Ici les femmes sont très entourées pendant leur séjour à la maternité, les mamans et les sœurs sont là pour les aider après l’accouchement. Elles s’organisent un véritable campement dans la chambre de l’accouchée. La Papalagi que je suis, seule dans ma chambre, choque ou interroge. Une mémé futunienne entre dans ma chambre pour voir Emmeline. Elle la prend dans ses bras et la berce. Elle me demande si j’ai déjeuné et quand je lui dit que non, elle repose la petite dans son berceau et va me chercher un bol de café au lait et des croissants. Elle sera ma garde malade durant tout mon séjour, m’apportant mon café et mes plateaux repas, venant consoler le bébé quand il pleure, me donnant des conseils pour allaiter ou encore passer le balai dans la chambre le dimanche ! Il est même un soir tard où elle m’a préparé un café au lait pour me réconforter d’une soirée épuisante à bercer Emmeline. Merci mémé ! Ici, on ne vous apporte pas le repas, un employé amène un chariot roulant chargé des plateaux qui portent le numéro de la chambre. Il le laisse au milieu du patio bétonné et l’annonce se fait en wallisien !Il faut prévoir ses propres couverts, une assiette, un verre et un bol, puisque le petit déjeuner n’est autre que des bouilloires énormes remplies de café, thé et lait chaud pour que chacun se serve à sa convenance. Ma chambre se transforme donc en campement, elle aussi, grâce aux nombreuses visites de mes amis et de mon chéri qui apportent des victuailles dans une grosse glacière. Ma bouilloire électrique et ma boite de sachets de thé trônent sur le meuble de chevet. Je lave mes paréos et les bodies d’Emmeline dans la salle de bain avant d’aller les étendre dehors. Il y a un petit espace en contre bas avec des étendes à linge où se balancent les serviettes de toilette et les manous de toutes les patientes. Les chambres sont toutes alignées le long d’un patio en béton et entre chaque porte qui reste ouverte toute la journée et toute la nuit, des bancs permettent aux visiteurs et aux mamans de se reposer. J’y ai souvent pris ma tasse de café au lait, face au lagon et aux îlots. C’est aussi là que j’ai pu discuter avec les femmes futuniennes et wallisiennes, apprenant un peu plus chaque jour des coutumes qui entourent l’arrivée d’un enfant ou sur la vie des femmes tout simplement. Les futuniennes sont obligées de venir accoucher à Wallis, donc elles restent plusieurs semaines sur place. D’où le campement dans les chambres ! Dans la journée, il y a autant de vie dehors que dedans. Les nattes sont étendues sur ce couloir extérieur, devant les chambres, et des femmes brodent des coussins, dorment lascivement ou chantent. Pour terminer ce récit, je vis vous raconter le meilleur souvenir de ce séjour à l’hôpital de Sia. Le dernier soir, Emmeline a été très grognon. J’ai fait les cent pas ( pieds nus…) en berçant mon bébé emmitouflé dans un manou. Au bout de deux heures, une fois la nuit tombée, les futuniennes sont venues me voir et m’ont pris le bébé des bras pour lui parler et le bercer. J’étais là, témoin de cette scène alors que je ne comprenait aucun mot de ce qui se disait ! Visiblement ces femmes avaient perçu ma fatigue et ma mémé est venue à ma rescousse. Je suis retournée dans ma chambre avec le bébé et j’ai proposé de manger une fraise, car Manu m’en avait ramené matin. Elles ont longuement hésité, regardant d’un drôle d’œil ce fruit rouge et bizarre en disant : « mais qu’est-ce que c’est ? » « Eh bien, des fraises…vous n’en avez jamais goûté ? » Non seulement jamais goûté mais jamais vu non plus. J’ai expliqué qu’on les mangeait comme ça, qu’il n’y avait pas de peau à éplucher, ou avec du sucre. Et les circonstances étant réunies, j’en ai profité pour raconter cette légende qui veut que les envies de fraises promettent une grossesse…visiblement une légende bien de chez nous ! Cet épisode des fraises restera un des moments les plus touchants. Un moment où deux cultures se rencontrent autour d’une naissance.Cette histoire n'a pas ni conclusion (c'est le début d'une vie) ni de morale mais je dois dire qu'accoucher ici fut une expérience extraordinaire (car tout s'est bien passé, heureusement) qui n'aurait tout de même pas été si belle si j'avais été seule avec ma douleur. Aucune préparation avant ni aucune sage-femme "diplômée en matière de respiration" ( écoutez Linda Lemay! ) pour préparer et vivre ce moment intense. Présence du papa (de sa main et de ses massages ) obligatoire !

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Publié à 04:23, le 6/11/2008, Wallis et Futuna Mots clefs :
Heureuse d'avoir trouvé ton Blog
Je suis ta cousine de Granville et je dois dire que ton récit est émouvant. J'ai eu la larme à l'oeil en te lisant.
Tout s'est bien passé et ton bébé va bien c'est l'essentiel et puis tu a réalisé un beau rêve, c'est formidable.
Bravo aussi à l'heureux papa.
Que c'est beau cette humanité entre les gens de ces îles !
Mon mari et moi vous faisons de gros bisous, heureux de vous connaître par les photos.
Je reviendrai prendre de vos nouvelles maintenant que j'ai réussi à ouvrir ton BLOG. (oui il me manquait un point dans l'adresse, ce qui fait que je n'y arrivais pas).
Jeannette
77, rue Marine-Dunkerque, 50400 Granville
Jeannette Ménard née Marguerie - 05:18 - 7/11/2008
Heureuse d'avoir trouvé ton Blog
Je suis ta cousine de Granville et je dois dire que ton récit est émouvant. J'ai eu la larme à l'oeil en te lisant.
Tout s'est bien passé et ton bébé va bien c'est l'essentiel et puis tu a réalisé un beau rêve, c'est formidable.
Bravo aussi à l'heureux papa.
Que c'est beau cette humanité entre les gens de ces îles !
Mon mari et moi vous faisons de gros bisous, heureux de vous connaître par les photos.
Je reviendrai prendre de vos nouvelles maintenant que j'ai réussi à ouvrir ton BLOG. (oui il me manquait un point dans l'adresse, ce qui fait que je n'y arrivais pas).
Jeannette
77, rue Marine-Dunkerque, 50400 Granville
Jeannette Ménard née Marguerie - 05:20 - 7/11/2008
Félicitations
Félicitations aux heureux parents et bienvenue à la petite Emmeline.
J'ai été très émue par ton récit. C'est très touchant.
Plein de bonheur à vous 3.
On pense bien fort à vous.
Gros bisous,
Delphine, Lionel et Darius
Delphine - 08:43 - 7/11/2008
Bonjour Ma jeanne de passage à Dreux.
Nous venons de lire ton blog avec le récit de ton accouchement. Quelle belle aventure la naissance de notre arrière petite fille qui est ravissante et FELICITATIONS aux heureux parents.
Miller gros bisous de MAMIE ET PAPI.
Anonymous - 04:53 - 9/11/2008
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